Rock & Folk, histoire d'un magazineLes 40 ans de la revue racontés dans un livre
Eté 1966, un hors-série de la revue Jazz Hot est consacré à la musique rock, sous le titre Rock et Folk. Il va devenir une référence. Un livre raconte son histoire.
Qui, dans la France des années 60, pouvait bien créer un magazine de rock ? Contre toute attente, ce furent… des passionnés de jazz. Philippe Koechlin, 28 ans, travaille chez Jazz Hot depuis 1958 quand il assiste à un concert de James Brown à l'Olympia. C'est le déclic. La musique, l'énergie, l'ambiance dans la salle, lui font comprendre qu'il existe d'autres musiques dont il faut parler. Les années 60 sont bien avancées, pourtant, on ne trouve rien, dans la presse française, sur la culture des jeunes, le rock, la pop. A part les yéyé dans Salut les Copains. Philippe Koechlin et quelques autres s'y intéressent. Un nouveau groupe anglais, les Rolling Stones, fait même la couverture de Jazz Hot. Finalement, en juillet 1966, la revue publie un hors-série, mais pas sous son nom. Il s'appellera Rock et Folk. Le numéro marche bien. Quarante ans après, Rock & Folk est toujours là. Le rock et la France gaullienneC'est l'un des grands intérêts de Génération Rock & Folk : 40 ans de culture rock, épais ouvrage consacré à l'histoire du mensuel, que de détailler ces débuts étranges. L'auteur, le journaliste Christophe Quillien, prend soin de rappeler le contexte. C'est-à-dire la France gaullienne sclérosée, dominée musicalement par la variété et la chanson française. Malgré les Beatles, les Kinks, les Rolling Stones et tant de groupes de la "British invasion" nourris de musique américaine, lancer un magazine de rock était tout sauf évident. Pas seulement en France. Le mensuel américain Rolling Stone n'apparaîtra qu'un an plus tard. Quant à analyser le contenu de la revue, la méthode de Christophe Quillien est simple. Il a commencé par acheter d'occasion une collection complète des numéros. Et les as tous lus. Tous, à raison de trois par soir… Alain Dister à San FranciscoL'auteur laisse aussi la parole aux protagonistes. Philippe Paringaux, Philippe Garnier, Alain Dister (décédé depuis), Philippe Manœuvre (rédacteur en chef depuis 1993), Paul Alessandrini, Yves Adrien, François Gorin, Thierry Ardisson, Laurent Chalumeau, Karl Zéro…. Christophe Quillien les a tous rencontrés, hormis Philippe Koechlin, décédé en 1996, et Hervé Muller. L'histoire est passionnante. On voit comment un magazine fait de bric et de broc par des gens novices sur le sujet devient une référence. Les écrits en direct de San Francisco de Alain Dister rappellent qu'à l'époque, traverser l'Atlantique était toute une aventure. Et l'on apprend comment Rock & Folk a raté le festival de Woodstock de 1969… Surtout, l'équipe croit en sa mission. Le rock est là, la musique est bonne, une culture et une industrie se développent, des disques sortent, des concerts sont organisés, mais personne n'en parle. Silence sur la France. La revue devient le point de ralliement des fans de rock. Paringaux, Garnier, la période doréeAvec un atout maître : l'écriture. La revue a construit sa légende avec la plume de Philippe Paringaux et de Philippe Garnier, de Paul Alessandrini, Philippe Manoeuvre et Yves Adrien, auteur de textes-manifestes aujourd'hui mythiques (dont le fameux "Je chante le rock électrique"). Etrange personnage qu'Adrien, qui témoigne dans Génération Rock & Folk en parlant de lui à la troisième personne et en se faisant appeler "le fantôme"… Un jour, Paringaux abandonne l'écriture pour se consacrer au secrétariat de rédaction. Garnier s'exile aux Etats-Unis pour envoyer chaque mois des articles fleuve. Rock & Folk devient alors indépassable. Ce sont les grandes années 1969-1975. Le cauchemar des années 80 et 90Après, la machine patine. Le magazine rate le train du punk, de la new wave/cold wave. La faute à Koechlin et Paringaux, de l'avis général, qui ne sont plus en phase avec les nouvelles tendances. La concurrence apparaît, avec Best et plus tard Hard Rock Magazine ou Les Inrockuptibles. Le rock se banalise, passe à la télé, les clips envahissent l'écran. La revue devient moins essentielle. Le livre ne cache rien des lamentables années 80 mais aussi des difficultés de Philippe Manœuvre à sauver le magazine tout au long des années 90. Le salut viendra de la musique : l'arrivée de groupes comme les Whites Stripes, les Libertines ou les Strokes redynamise la revue. Mais Christophe Quillien n'a pas d'illusion. Le rock est maintenant une industrie, la fraîcheur et l'innocence originelles ont depuis longtemps disparu. Rock & Folk est le produit d'une époque révolue. Génération Rock & Folk : 40 ans de culture rock, Flammarion, 2006, 400 pages
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